Errances, tableaux #3, 2014
Errances, tableaux #3, 2014

ERrances

Vagrancy   -   English below

Ce travail s’inspire du Dictionary of Symbols du suédois Carl G. Liungman dans lequel il compare les codes visuels américains, suédois et anglais utilisés par les sans-abris, les vagabonds et les gitans pour témoigner de leurs expériences. Ces populations, souvent analphabètes, utilisaient des pictogrammes dessinés ou sculptés sur les murs, les clôtures ou d'autres surfaces, durant la période précédant la Seconde Guerre mondiale.  Liungman cite la recherche du designer Henry Dreyfuss qui répertoria l'art des signes des vagabonds américains dans son livre Symbol Sourcebook. Dreyfuss  traqua trois décennies après la Grande Dépression, l’histoire d’une soixantaine de signes. Liungman pour sa part, contribue en ajoutant une quarantaine de pictogrammes anglais et suédois et les compare entre eux.

 

            Ces ouvrages m’ont fascinés et certains signes semblaient familiers. Au détour de lectures, j’ai appris que Dreyfuss avait été une source d’inspiration pour Jean-Michel Basquiat. Voilà d’où je les connaissais. Comme Basquiat, je suis interpellée par le magnifique caractère graphique de ce code, mais aussi par l’histoire qu’il raconte. Juxtaposés, ces signes constituent les éléments documentaires d’une manière de vivre et produisent le portrait d’une population et de sa société. Ils racontent les préoccupations quotidiennes ; la quête de nourriture, de sécurité et d’un gîte. Ce code élaboré par des gens, qui en dépit de leur situation périlleuse,  partagent ces informations vitales, crée un langage et participe à la création d’une communauté; faisant dire à Liungman, que contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, les êtres humains ont « naturellement » le désir de communiquer et de partager. Sinon, pourquoi dire aux autres, où l’on trouve un bon repas ou un gîte confortable ?

 

            J’ai dessiné chaque signe rapidement sur du papier aquarelle et inscrit à l’encre sa ou ses significations selon les pays. J’ai aussi codifié la couleur des aquarelles selon la signification du pictogramme. J’ai adopté les couleurs prédéterminés des systèmes de signalisation : rouge pour Danger, jaune pour Attention et vert pour Sécurité, à l’exception du bleu que j’utilise lorsque l'eau ou la foi sont impliqués. Il en résulte cent vingt-cinq aquarelles, la plupart montrant un seul signe alors que d'autres en comparent plusieurs.

Vagrancy

I accidentally came across Swedish scholar Carl G. Liungman’s Dictionary of Symbols (1994) in which he compared the Swedish, the English and the American visual codes used by hobos, vagabonds, and gypsies to transmit vital information to their pairs. These migrant and most often non-literate populations used these pictograms drawn or carved on walls, fences or other surfaces, in the period leading up to World War II.

 

Liungman’s work lead me to the iconic industrial designer Henry Dreyfuss who chronicled the art of hobo signs in his 1972 Symbol Sourcebook: An Authoritative Guide to International Graphic Symbols, three decades after the Great Depression. Dreyfuss had tracked down the backstories of 60 signs.

Liungman contributed forty additional symbols, included the English and the Swedish pictogrammes, and then went on to compare their similarities and differences.

 

Not being a design student myself I did not know about Dreyfuss’s Sourcebook and I became totally fascinated by it. It also reminded me of something else. Going back to my readings on Jean-Michel Basquiat I learned that Dreyfuss’s book had been an inspiration to him, and that he had used its symbols in a few of his paintings.  And that is where I had first seen them, but in a completely different context.

 

I began to draw each sign and write it’s meaning on small watercolour paper. I then decided they should have a color code representing their meaning, and I adopted the pre-determined colors of the signalling systems. So Danger would be red, Caution would be yellow and Safety would be green, with a few blue exceptions when water or faith were involved. I soon had 125 watercolours, most of them showing one sign, and others comparing two or three signs. Put together, they tell about the worries and concerns of homeless people and their daily quest to find food, security and a safe bed to sleep. And despite their perilous situation, the signs illustrate their willingness to share this vital information with others like them.